Eloge funèbre de la haie
Malgré les mesures censées protéger les haies déjà existantes depuis 2015, nous constatons un recul permanent des linéaires de haie. Incapable de stopper l'hémorragie, l'Etat a même entrepris - pour faire plaisir aux syndicats productivistes l'hiver dernier - un travail de simplification administrative relatif à la « gestion » (comprendre arrachage) des haies.
Après la réunion d'hier, les conclusions sont sans appel et sans surprise : l'Etat s'est rangé derrière la Chambre d'agriculture et certains syndicats en enterrant toute ambition de sauvetage du bocage angevin.
Le projet se résume aujourd'hui à laisser la possibilité aux agriculteurs arrachant des haies de déposer un simple formulaire de déclaration d'intention à un guichet unique, en fournissant une liste théorique d'espèces supposée présentes et/ou protégées d'après un modèle. Avec pour seule obligation de replanter ailleurs la même longueur de haie (règle de 1 km replanté pour 1 km arraché) dans un endroit où cela « gêne moins ».
Pourtant, lors de cette réunion, tous les acteurs ou presque (FNE Anjou, LPO, Propriétaires privés, Réseau haie, Fédération des Chasseurs, Syndicats de bassin, Confédération paysanne …) étaient unanimes pour remettre en cause la règle de 1 pour 1 proposée comme minimum légal de compensation quand on arrache une haie.
Visiblement, cela n'a pas fait osciller une seule seconde l'objectif affiché par la Chambre d'agriculture, les syndicats productivistes et l'Etat. Consultation ne doit pas rimer avec concertation.
Pourquoi inviter tant de parties prenantes de la société civile et agricole si c'est que pour n'écouter qu'une seule voix, toujours celles de la FNSEA* ? Cette mascarade habituelle n'est que le fruit de cette cogestion depuis de trop nombreuses années.
Ne parlons pas non plus de l'évaluation des mesures de replantation compensatoire. Vous pensez bien que l'Etat n'a pas les moyens ; un contrôle aléatoire pourra peut-être être diligenté dans le meilleur des cas.
Comment est-il possible d'avoir aussi peu d'ambition après un été catastrophique où, justement, l'une des solutions pour vivre avec le changement climatique est de planter massivement des haies ? Le signal envoyé est catastrophique et ce sont les agriculteurs et agricultrices les grands perdants dans cette histoire. Sans bocage, il n'y a plus d'élevage !
Alors demain, on rase gratis, là où cela nous plaît pour agrandir encore les îlots cultivés, la planification continuera, l'érosion et l'assèchement des nappes s'amplifiera, la biodiversité pourra toujours attendre la fin de l'humanité !
Nous appelons à un sursaut de la population en participant massivement dans les prochains jours à la consultation citoyenne sur ce projet d'arrêté afin de sauver le bocage angevin.




