A Verrie, encore un projet d’élevage industriel
Dans la filière veau de boucherie, l'éleveur est bien souvent intégré à une entreprise qui fournit les animaux, l'alimentation, les consignes techniques et organise la commercialisation. Au final, le paysan construit les bâtiments, travaille tous les jours auprès des animaux et prend les risques financiers, mais il ne maîtrise plus les choix essentiels de son élevage. Il devient un maillon d'une chaîne industrielle.
Nous refusons cette évolution du métier. Être éleveur, ce n'est pas appliquer des consignes décidées ailleurs. C'est faire des choix, produire en lien avec son territoire, vivre de son travail et garder la maîtrise de sa ferme.
Le projet de Verrie prévoit des veaux élevés toute leur vie en bâtiment, sur caillebotis, sans accès à l'extérieur. Pour nous, ce n'est pas la vision que nous avons de l'élevage. Les animaux ne sont pas de simples unités de production. Le respect de leurs besoins doit rester au cœur des pratiques d'élevage.
Nous croyons qu'une viande de qualité commence par un élevage de qualité. Derrière chaque produit, il y a un mode d'élevage, un·e paysan·ne et des animaux. Les consommateurs demandent de plus en plus de transparence et de cohérence dans leur alimentation. Ce type de projet nous éloigne de cette attente.
Ce projet s'inscrit également dans la logique d'un élevage hors-sol, où les animaux sont déconnectés des terres qui les nourrissent et où les effluents doivent être stockés puis épandus à grande échelle. Pour nous, un élevage doit rester lié au sol. Les animaux, les cultures et les prairies doivent fonctionner ensemble. C'est cet équilibre qui permet l'autonomie des fermes et la préservation des ressources naturelles.
À chaque nouveau projet de ce type, on nous explique qu'il faut produire plus, toujours plus efficacement. Pourtant, ce dont nous avons besoin aujourd'hui, ce sont davantage de paysans, pas davantage de bâtiments industriels. Nous avons besoin de fermes qui font vivre les campagnes, créent de l'emploi et permettent aux éleveurs de vivre dignement de leur métier.
Le dossier de Verrie dépasse largement le cadre d'un simple bâtiment de 560 veaux. Il pose une question de fond : quelle agriculture voulons-nous demain ? Une agriculture contrôlée par quelques groupes industriels ou une agriculture de paysans autonomes, nombreux et ancrés dans leur territoire ?
La Confédération paysanne appelle les habitant·es, les élu·es et les pouvoirs publics à ne pas cautionner ce modèle et à soutenir une agriculture paysanne, vivante et porteuse d'avenir. L'élevage paysan - qui valorise l'herbe, participe à l'autonomie alimentaire du territoire et repense le lien éleveur/animal - offre indéniablement des clés pour repenser cette question face à l'industrialisation de l'agriculture.
Nous saluons la décision du conseil municipal de Saumur de s'être opposé à ce projet. Cette prise de position montre que les collectivités peuvent aussi s'interroger sur le modèle agricole qu'elles souhaitent encourager sur leur territoire.
Nous regrettons en revanche que la commune de Gennes-Val-de-Loire n'ait pas fait le même choix. Les collectivités ont un rôle à jouer pour défendre une agriculture liée au sol, créatrice d'emplois et permettant aux paysannes et paysans de rester maîtres de leur métier.
La Confédération paysanne continuera de défendre une agriculture paysanne, autonome et respectueuse des paysans, des animaux et des territoires.
Le comité départemental de la Confédération paysanne 49




