Eau : lettre ouverte à Mme Christelle Morançais, présidente de la Région des Pays de la Loire.
Madame la Présidente,
Le 22 juin prochain, lors de la session plénière du Conseil régional, vous présenterez le deuxième volet de votre plan eau, consacré à l'aspect quantitatif.
Malheureusement et comme pour le premier volet « Protégeons notre eau », adopté en mars dernier, aucune concertation avec les acteurs (sauf peut-être avec la Chambre d'agriculture régionale, seule interlocutrice pour le premier volet) n'est prévue. Nous le regrettons évidemment : nous, paysannes et paysans, avons tant de choses à dire sur l'eau et sur la préservation de cette ressource sans laquelle nous ne pouvons rien.
Les évolutions climatiques, l'urbanisation comme l'agriculture des dernières décennies ont eu un impact négatif sur l'eau, aussi bien du point de vue qualitatif que du point de vue quantitatif ; nous en sommes témoins tous les jours. Le premier rapport du GIEC* des Pays de la Loire, publié en juin 2022, l'explique parfaitement : entre les fortes températures, les pluies irrégulières et imprévisibles, l'accélération du cycle de l'eau et une consommation toujours en hausse, la ressource est maintenant en tension. Dans les années à venir, et comme le rappelle la publication du Conseil régional de ce mois de juin, le bassin versant de la Loire sera parmi ceux qui seront les plus touchés par une réduction de la ressource en eau, entre 25 et 30%...
Comme le prévoit la dernière loi sur l'eau de 2006, il conviendrait urgemment de protéger l'eau et de la partager de manière collective afin d'assurer que les besoins prioritaires en eau (milieux naturels et alimentation humaine) soient remplis partout.
L'agriculture, actrice par ses pratiques
Des pratiques agricoles sobres en consommation d'eau, retenant l'eau dans le sol, permettent de restaurer le cycle de l'eau. Elles améliorent ainsi l'accès à l'eau et sa disponibilité pour l'agriculture. Cette sobriété est aujourd'hui indispensable et ces pratiques doivent être encouragées, valorisées et largement déployées !
Il s'agit par exemple de :
- Par nos pratiques culturales, faire de nos sols des éponges carbonées capables de stocker l'eau et donc d'éviter l'érosion et le lessivage, tout en favorisant la biodiversité ;
- Utiliser des cultures et des variétés adaptées aux conditions pédoclimatiques de chaque territoire, pour limiter les besoins en eau et en intrants, et diversifier ces cultures ;
- Au niveau des exploitations agricoles, développer des infrastructures écologiques ( : bandes enherbées, landes, bois, mares, haies, bosquets) pour développer la biodiversité, allonger le temps de résidence de l'eau et remplir les nappes ;
- Avoir une politique de maintien et de soutien de la polyculture-élevage, à l'herbe et en plein air, avec un équilibre animal-végétal, sur tout le territoire ;
- Utiliser un matériel d'irrigation favorisant un usage maîtrisé de la ressource ;
- Déployer à grande échelle des formations sur l'eau et sur la vie du sol.
Ces pratiques doivent être accompagnées par la collectivité…par des financements à la hauteur de l'enjeu ! Ainsi, la MAEC forfaitaire « Stratégie phytosanitaire » que vous avez mise en place cette année, notamment pour les 47 captages prioritaires de notre région, prévoit le versement de 3.600€ par an, pendant 5 ans, aux exploitations qui s'engageraient dans la démarche. Mais comment une exploitation agricole peut-elle engager des changements de pratiques, qui peuvent impacter son revenu, pour un montant si négligeable ?
L'eau, une ressource à partager équitablement…
Le partage de la ressource en eau en agriculture doit être revu. Aujourd'hui, l'eau est répartie selon un système de droit historique, avec des références dépassées. Il nous faut sortir de ce système.
Si une attribution de volumes par culture semble trop complexe, nous devons définir des seuils qui assurent une répartition cohérente et équitable entre tous les irrigants, garantissant une certaine flexibilité pour permettre l'évolution des exploitations. Cette démarche est indispensable pour ne pas pénaliser les nouvelles installations et les exploitations ayant besoin de se sécuriser. Il n'est pas possible que des projets d'installation ne puissent se concrétiser faute d'un accès à l'eau !
Concernant le stockage de l'eau, s'il peut parfois s'avérer nécessaire, il doit être en cohérence avec un volume prélevable pertinent sur le bassin. Il semble indispensable de se baser sur les études HMUC (Hydrologie, Milieux, Usages, Climat), développées dans certaines régions. Le Conseil Général de l'Alimentation, l'Agriculture et des Espaces Ruraux (CGAAER), dans son rapport publié le 5 juin dernier, recommande même d'effectuer une telle étude sur la totalité du bassin de la Loire !
Par ailleurs, ces projets de stockage doivent impérativement être accompagnés d'aménagements vertueux pour le grand cycle de l'eau : méandrage des ruisseaux, respect du Zéro Artificialisation Nette, restauration et maintien des zones humides.
Nous demandons également le développement d'aides pour la récupération des eaux de toiture.
Prioriser les usages afin d'assurer les besoins vitaux
Nous souhaitons une répartition équitable de l'eau et que les restrictions pénalisent le moins possible les petits producteurs. Nous devons maintenir les producteurs qui sécurisent et amènent le plus de valeur ajoutée à notre territoire.
Nous proposons que les 5 premiers hectares irrigués d'une exploitation ne soient pas soumis à restriction pour les productions suivantes : maraîchage, grandes cultures, arboriculture.
L'eau de notre territoire doit servir l'agriculture qui contribue directement à son approvisionnement et à son activité. A contrario, les cultures d'exportation, favorisant une irrigation spéculative, tout comme les cultures dédiées à la méthanisation ne sont pas prioritaires.
Nous sommes convaincus que ces propositions, qui visent toutes la préservation durable de ce bien si précieux, auront retenu votre attention. Madame la Présidente, la Confédération paysanne en est convaincue : l'eau est un bien commun, ses usages doivent donc être décidés de façon commune.
Restant à votre disposition pour vous présenter ces propositions de vive voix et dans l'attente de vos annonces le 22 juin prochain, veuillez recevoir nos respectueuses salutations.
Les paysannes et paysans du bureau de la Confédération paysanne des Pays de la Loire
Contacts :
Eudes GOURDON, porte-parole : 06 73 95 83 61
Pascal SACHOT, secrétaire : 06 83 53 60 61