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LOIRE-ATLANTIQUE
02.02.2021

L'interview complète de Allan et Chris Green "farmers" aux Etats-Unis

02.02.2021 -
Allan et Chris Green tiennent une petite exploitation multi productions non loin de Raleigh. Témoignage


 

D'après mes informations, vous avez une ferme familiale. Pouvez-vous nous la décrire ?

 

Woodcrest Farm est une petite ferme de 30 acres (*) située dans le comté d'Orange, en Caroline du Nord. La terre est exploitée depuis l'époque coloniale, et notre ferme a été construite dans les années 1880. Nous avons acheté la maison et 12 acres en 1993 ; puis en 2013 on a racheté 24 acres supplémentaires à proximité. En novembre, nous avons vendu la ferme d'origine à notre fils Dan et sa femme Liza, accomplissant notre espoir de transmettre notre ferme à la prochaine génération. Chris et moi, nous avons déménagé dans une petite maison que nous avons construite sur notre nouvelle superficie et nous continuons à élever du bétail, des border collies et faisons pousser certains produits du jardin. Cela a toujours été une "ferme familiale" – ce qui signifie que, sur le marché agricole actuel, elle est trop petite pour être rentable dans le cadre d'un modèle agro-économique habituel. Notre stratégie au fil des ans a été de développer les marchés de niche : produits issus de l'agriculture biologique, petite laiterie, bœuf Dexter nourri à l'herbe, porc d'élevage, chèvres laitières, volaille en plein air, cours d'artisanat traditionnel et autres programmes éducatifs.

 

Toutes ces activités peuvent coexister, utiliser la terre avec précaution et être économiquement pratique pour une ferme familiale. Nous avons trouvé un modèle utile dans les fermes du début des années 1900 : petite, polyvalente et relativement auto suffisante ; cela correspond parfaitement à notre intérêt pour les méthodes agricoles historiques, les compétences et la vie rurale. Nous trouvons une grande joie à partager le patrimoine de la terre, des races et des compétences uniques à notre région, où il y a un sentiment de communauté et une porte ouverte accueillante. Les visiteurs sont attirés par notre ferme pour de nombreuses raisons, dont une des principales étant nos animaux ! Nous élevons des border collies et Tucker, l'Ambassadeur de la ferme, se fait un devoir d'accueillir tous les invités qui arrivent. En continuant vers les pâturages, l'un de nos Great Pyrenees surveille les chèvres, les poulets, les canards, les dindes, les porcs et les vaches (mais prendra probablement une pause pour venir vous dire bonjour).

 

Le problème principal pour les jeunes qui souhaitent s'installer en France est l'accès aux terres pour y travailler. Pouvez-vous nous dire comment cela se passe aux États-Unis ?

 

Il n'existe aucune différence aux États-Unis. Les États-Unis ont, bien sûr, beaucoup plus de terres que la France, mais les bonnes terres agricoles ne sont pas nombreuses. La plupart des fermes américaines appartiennent à l'une des catégories suivantes : bétail, produits laitiers, céréales, vergers, vignobles et petites fermes familiales comme la nôtre. La plupart des grandes exploitations sont héritées des parents ou des grands-parents, ou de plus en plus, sont des entreprises capitalistiques agricoles. Les jeunes agriculteurs ont peu de chance d'avoir du capital suffisant pour se permettre 100 ou plus acres ainsi que tout le matériel nécessaire pour les cultiver. Cependant, un marché américain a commencé à se développer pour les produits biologiques et locaux, ainsi que pour le bétail ‘naturellement élevé' et les produits de volaille. Un jeune agriculteur peut se permettre 10 acres, ainsi avec beaucoup de travail et un revenu familial ‘hors ferme', de nombreuses fermes sont en cours de création. La nôtre en est un exemple. Nous avons commencé avec 12 acres, élargis à plus de 30, ensuite nous avons transféré la ferme d'origine à notre fils, qui, espérons-le, acquerra des superficies au fil des ans et la cédera un jour à l'un de ses enfants.

 

PN : Vous tenez une ferme biologique. Quelles sont les spécifications principales de l'agriculture biologique ?

 

Pour être précis, nous ne sommes pas une ferme certifiée bio. Nos produits sont issus de l'agriculture biologique, ce qui signifie que nous n'utilisons aucun engrais chimique, herbicide ou pesticide. De plus, nous ne cultivons pas de céréales génétiquement modifiées. Cependant, nous ne nous soucions pas de savoir si nos graines proviennent de cultures biologiques, et nous ne fertilisons pas avec du fumier issu de l'agriculture biologique. Je crois que ces circonstances nous disqualifieraient de la certification bio. En ce qui concerne le bétail et la volaille, notre foin est local, mais pas biologique, et jusqu'à ce que nous fermions notre laiterie en juin 2019, nous n'avions pas nourri nos vaches laitières avec des aliments biologiques, nous ne pouvions donc pas revendiquer notre lait comme étant biologique. De même, nos aliments pour les volailles et les porcs sont locaux, mais pas biologiques. Notre motif de ne pas obtenir la certification bio est simplement que cela coûterait trop cher et que le coût devrait être transmis à nos clients. Nous vendons généralement tout ce que nous arrivons à produire, alors quel est l'intérêt ?

 

Nous entendons beaucoup parler du Farm Bill américain. Qu'est-ce que cela signifie pour votre ferme (ou votre famille) ?

 

La plupart des avantages du Farm Bill américain vont aux fermes beaucoup plus grandes que la nôtre. Il subventionne (principalement) les céréales de base, l'assurance-récolte (remboursement des agriculteurs en cas d'échec des récoltes), la mise en réserve des terres (les agriculteurs sont payés pour ne pas cultiver leurs terres) et l'octroi à faible coût de prêts pour l'achat du matériel, des terres ou des bâtiments. De plus, le Farm Bill finance un certain nombre de programmes d'aide alimentaire pour les familles à faible revenu. Une petite ferme comme la nôtre, ne fait pas pousser de cultures sarclées subventionnées ; nous ne pouvons pas nous permettre de cultiver ou d'assurer des cultures à haut risque ; nous n'avons pas de terrain à revendre ; et nous préférons ne pas trop nous endetter.

 

Cependant, au cours des dernières années, notre état et les législateurs fédéraux ont travaillé dur pour affecter de l'argent consacré à la recherche sur les méthodes agricoles biologiques dans le cadre du Farm Bill, et nous avons bénéficié de subventions et de programmes qu'il a fournis. En particulier, il y a eu des financements pour établir et développer des marchés fermiers, ce que vous connaissez très bien, mais qui sont une nouvelle tendance aux États-Unis. Notre ferme a reçu des subventions pour la construction des tunnels plastiques pour une prolongation des saisons de végétation partiellement financée par des programmes étatiques et fédéraux.

 

PN : Quel message aimeriez-vous transmettre à vos collègues agriculteurs français ?

 

Au cours des 15 dernières années, les États-Unis s'orientent de plus en plus vers une production bio et locale. Les restaurants mettent en valeur les viandes et les légumes locaux, les marchés en plein air sont en augmentation. À tort ou à raison, je considère cela comme une évolution pour les États-Unis vers ce que les consommateurs français attendent et apprécient. Mais cette évolution ne se produit pas uniformément aux États-Unis. Nous avons la chance de vivre dans un comté (si les États américains sont comme les provinces, les comtés sont comme les départements) qui a été un chef de file en matière de développement des petites exploitations agricoles.

 

Notre comté (a) a créé des fermes-incubatrices où les jeunes agriculteurs peuvent apprendre le maraîchage biologique sur les terres du comté (b) a créé une usine de transformation des aliments permettant aux agriculteurs d'éviter les frais de démarrage élevés de la préparation et de l'emballage de leurs produits (c) a développé des cours de formation et des trainings pour les jeunes agriculteurs (d) a créé un outil en ligne pour aider les agriculteurs, qui possèdent des terres, trouver des gens qui souhaitent les louer (e) a fourni du personnel local provenant de nos universités agricoles de l'état pour aider les agriculteurs du comté à résoudre des problèmes à tous les niveaux (par exemple, ruchers, horticulture, gestion des pâturages, identification des animaux et programmes de marquage). Alors, mon message aux collègues agriculteurs d'autres comtés américains ou ailleurs c'est que beaucoup peut être accompli depuis les administrations publiques locales. Ne vous attendez pas à ce que les politiques agricoles nationales aident beaucoup. Organisez-vous au niveau départemental ou municipal pour créer l'environnement local dont vous avez besoin.

 

Mon autre commentaire est que de bonnes compétences en marketing et en création des sites Web est la clé de la réussite. Être capable d'utiliser le marketing en ligne est un énorme avantage pour un petit agriculteur faisant du marketing direct.

 

Vous avez demandé des photos. Je vous renvoie aux liens ci-dessous :

 

https://www.woodcrestfarmnc.com/

http://www.greenacresfarmnc.com/

 

Propos recueillis par Marie Durand, traduits de l'anglais par Irina Fomina

 

(*) 10 acres = 4ha47

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