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[TÉMOIGNAGE] Arthur, agriculteur en production de vaches laitières, installé sur la commune de Blain.

Ceci part de mon ressenti personnel de jeune installé non fils de paysan et originaire d'une région éloignée.

En réfléchissant à ce que j'aimerais voir défendu dans les instances agricoles, il y a 3 points particulièrement importants pour moi.

  • Ouvrir la profession agricole au reste de la société et sortir de l'idéologie corporatiste.
  • Agir pour des campagnes vivables.
  • Agir pour des campagnes vivantes.

Concernant l'ouverture de la profession au reste de la société, en ce qui me concerne j'ai l'impression que le discours dominant de la profession est un discours de défiance vis à vis de tous ceux qui sont en dehors du milieu. Cette tendance est particulièrement marquée pour la Coordination Rurale mais vraie aussi pour la FNSEA*-JA*, qui communique à l'envie autour de son concept d'agribashing, c'est-à-dire d'un soi-disant acharnement contre les agriculteurs, écrasés par les normes et les contraintes dans une société qui est contre eux.

Il me semble que cette logique d'isolement est désastreuse pour 3 raisons :

▪️D'une part, quoi qu'on en dise, l'agriculture est en lien direct avec l'alimentation et l'occupation des espaces, qui sont des enjeux essentiels pour tout le monde. Il faut donc être responsable, accepter de rendre des comptes et pouvoir discuter. Le repli sur soi, l'agressivité voire même la violence dans le cas de la Coordination Rurale ne sont pas acceptables.

▪️D'autre part, en se coupant des citoyens, la profession se coupe de ceux qui devraient être leurs principaux alliés dans la seule vraie lutte à mener : le combat pour le revenu, c'est-à-dire le combat contre les industries d'amont et d'aval (fabricants de matériel, de produits phytosanitaires, semenciers, industrie agroalimentaire, grande distribution…) qui sont les vrais responsables de la prolétarisation des paysans. De mon côté, je pense d'ailleurs qu'isoler les paysans est un choix conscient et choisi des dirigeants du syndicat majoritaire, qui ne veulent surtout pas remettre en question ce système.

▪️Enfin, pour moi l'immense défi des années à venir, si on veut maintenir voire augmenter le nombre de fermes, c'est de savoir accueillir les personnes qui sont en dehors du milieu pour l'instant. On le sait, les candidats au sein du milieu agricole sont trop peu nombreux, une grande partie des paysans qui vont partir en retraite prochainement n'ayant pas de repreneur identifié. Il faut donc compter sur la masse de personnes extérieures qui est là et qui a envie de revenir à la terre. Il y aura probablement des fossés à combler entre des visions du monde différentes, entre une population "néorurale" guidée parfois par des idéaux irréalistes et un milieu agricole rétif au changement. Mais le défi est là. Je parle en connaissance de cause, je sais ce que c'est que d'arriver tardivement dans le métier, j'ai eu besoin de temps pour construire un projet réaliste. Si on déconsidère les candidats comme moi, si on les accompagne mal voire pas du tout comme le font les chambres d'agriculture, alors le processus de désertification des campagnes continuera sa marche en avant.

Le seul syndicat agricole qui fait preuve d'ouverture aujourd'hui c'est la Conf !

Le deuxième point particulièrement important pour moi, c'est l'action pour des campagnes vivables.

J'entends par là : agir pour maintenir les paysages et préserver la nature, non seulement pour nous même mais aussi et surtout pour toute la société. On le sait très bien, les enjeux environnementaux sont le parent pauvre des orientations impulsées par le syndicat majoritaire dans les instances agricoles, où ils décident de tout. Il suffit de constater le traitement réservé aux aides pour les Mesures Agroenvironnementales et Climatiques (MAEC) et pour le soutien à la bio dans les arbitrages budgétaires. Elles sont systématiquement les premières à être sacrifiées lorsque des choix s'imposent. Rappelons que contrairement à ce qu'on peut entendre, les quantités de pesticides épandues n'ont pas diminué, elles ont même augmenté (+ 22% entre 2009 et 2018). Ce phénomène est la résultante du modèle promu par le syndicat majoritaire et ses alliés, encore une fois.

Le seul syndicat qui assume des positions exigeantes sur le respect de la nature, c'est la Conf !

Enfin, quand je parle d'agir pour des campagnes vivantes, j'entends par là agir pour arrêter l'hémorragie de la disparition des fermes (100.000 fermes en moins sur les 10 dernières années, pour moins de 400.000 paysans et paysannes aujourd'hui). Contrairement à ce que dit leur belle communication sur le renouvellement des générations (car même eux commencent à se rendre compte du problème), les syndicats majoritaires ont toujours tout fait pour encourager la désertification des campagnes, en agissant systématiquement dans le sens de la sacro-sainte compétitivité, de l'agrandissement des structures et dans l'intérêt des plus gros.

Deux exemples parmi d'autres pour s'en convaincre sans aucune ambiguïté :

▪️Les nouvelles règles d'attribution de la Dotation Jeune Agriculteur en Pays de la Loire, entrées en vigueur il y a un an. A l'issue d'une concertation impliquant Conf et JA*, il avait été décidé que l'attribution cette aide se fasse selon le modèle suivant : 20.000 € de base, auquel s'ajoute l'accès à un montant supplémentaire de 15.000 € pour les projets en élevage ainsi que de 7.000 € pour les projets en agriculture biologique (appelées dans le jargon "modulation élevage" et "modulation agriculture biologique"). Cependant, dans les dernières heures de la négociation, le syndicat JA* a fait imposer une ultime condition lourde de sens et d'impact : la nécessité de justifier d'un chiffre d'affaires minimal de plus de 120.000 euros pour accéder à ces modulations. En d'autres termes, cela signifie exclure les projets jugés trop "petits", qui n'en ont pas besoin et n'en valent pas la peine.

Avec ces nouvelles règles, à quelques mois près j'aurais personnellement perdu 11.500 € de subvention, pas une paille quand on connaît les difficiles conditions climatiques de l'année 2024.

Sans parler du sentiment de manque de considération qui va avec et qui me met profondément en colère.

▪️Les multiples décisions controversées dans les instances de régulation du foncier, où le copinage et la cooptation règnent en maître au profit des plus gros, avec un énième exemple scandaleux dans le Maine et Loire. Sur la commune de Denée, la Safer* a ainsi choisi d'attribuer 170 ha de terres pour l'agrandissement de quelques agriculteurs proches des réseaux FNSEA* plutôt que de permettre l'installation de 4 personnes. Cette décision, qui contrevient fondamentalement aux priorités publiques d'attribution du foncier, a pourtant été entérinée par un Conseil d'Administration de l'institution entièrement acquis au syndicat majoritaire.

Pour conclure, je voudrais faire le parallèle entre la Loire-Atlantique et les Hauts de France, où je travaillais en tant que conseiller à l'installation avant d'arriver dans le 44. Dans cette région où la Conf est malheureusement moribonde et où le syndicat majoritaire verrouille tout, le prix de la terre est 10 fois plus élevé qu'en Loire-Atlantique (jusqu'à 25-30000 euros l'ha dans la plaine picarde en incluant les pas de portes/arrière fumures illégales mais communément pratiquées). Autant dire que si on n'est pas fils de paysan ou fils de riche, inutile de songer à une installation.

Ce n'est pas très joli à dire, mais il y a une part opportuniste dans ma venue ici, car je savais que j'aurais beaucoup plus de chance de trouver une petite ferme accessible financièrement.

Et si le 44 est encore relativement préservé pour l'instant, selon moi ce n'est pas un hasard, c'est car le département a bénéficié historiquement d'une Conf forte et influente.

Pour maintenir des campagnes vivantes, il est donc grand temps de faire revenir la Conf au pouvoir par les urnes !

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